Masdar est une ville nouvelle de l’Émirat d’Abu Dhabi dessinée par l’agence d’architecture britannique Foster + Partners. Sa construction, entamée en 2009, devrait s’achever en 2030. Cette initiative urbaine repose sur un double objectif particulièrement ambitieux : « Zéro carbone et zéro déchet. » Située à 17 kilomètres à l’est de la ville d’Abu Dhabi, dans une zone aride où les températures peuvent atteindre 55 degrés en plein été, Masdar (la « source » en arabe) devrait accueillir près de 50 000 résidents et 1 500 entreprises sur une surface d’à peine 7 km2. Nombre de ces entreprises constitueront le vivier d’une « Silicon Valley » des énergies renouvelables souhaitée par l’Émirat. L’approche inévitable du Peak Oil (amorçant l’inexorable déclin de la production de pétrole dans le pays du fait de l’épuisement des réserves pétrolières exploitables) oblige en effet cette pétromonarchie à développer une stratégie alternative en matière d’énergie. 

Un projet structuré autour de six entités originales

La ville nouvelle de Masdar est structurée autour de six entités chargées de son développement : « Masdar City », « Masdar Capital », « Masdar Power », « Masdar Clean Energy », « Masdar Carbon » et « Masdar Institute ». « Masdar City » est chargée de la gestion de la ville en optimisant l’approvisionnement en énergie locale. Elle sera la vitrine de l’Émirat d’Abu Dhabi en matière de gouvernance écoresponsable.

« Masdar Capital » représente pour sa part l’instrument financier du projet, organisé en deux fonds, l’un fermé, et l’autre ouvert à des partenaires internationaux (avec des participations de la Deutsche Bank AG, du Crédit Suisse, de la Japan Bank for International Cooperation, de Japan Oil Development Co ou encore de Siemens and General Electric). « Masdar Capital » rassemble les capitaux et les participations concernant les technologies urbaines écologiques et énergétiques du futur (désalinisation et gestion économie de l’eau, gestion écologique des déchets, matériaux avancés, production, transport et stockage des énergies renouvelables, Smart grids, etc.).

« Masdar Power » est l’entité qui va construire et exploiter les systèmes de production d’électricité renouvelable, à partir de modules photovoltaïques, de solaire thermique à concentration, d’éolien terrestre et marin. L’objectif, au-delà de l’autosuffisance énergétique de la ville, est d’offrir une vitrine internationale à même de développer ces filières, via l’expertise de l’Émirat, à l’échelle planétaire. Pour ce faire, « Masdar Power » cherche déjà à investir dans le solaire par concentration en Espagne, dans les panneaux solaires en films minces en Allemagne et est déjà impliqué dans l’estuaire de la Tamise dans le cadre de l’édification de l’une des plus grandes fermes éoliennes au monde.

Adossée à « Masdar Power », l’entité appelée « Masdar Clean Energy » est en charge de la construction et de l’exploitation des installations de production d’électricité issue de sources renouvelables.

Autre entité du projet, « Masdar Carbon » est spécialisée dans le domaine des mécanismes de développement propre (Clean Development Mechanisms) afin de réduire notamment les émissions de CO2, via notamment la capture et la séquestration de carbone (transport du carbone par oléoduc pour réinjection dans les puits de pétrole et de gaz notamment).

Enfin, « Masdar Institute » constitue le pôle de recherche et d’enseignement supérieur du projet, développé en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il a pour vocation de devenir une référence mondiale dans les domaines de l’ingénierie et de la gestion des systèmes complexes liés à l’environnement et à l’énergie. Il devrait accueillir à terme entre 600 à 800 étudiants en master et doctorat, ainsi que 200 enseignants-chercheurs. « Masdar Institute » abritera des lieux de vie (logements pour étudiants et professeurs, restaurants, commerces) ainsi que des lieux d’enseignement et de recherche (laboratoires, bibliothèque, salles de cours), la plupart déjà réalisés.

Masdar, une ville éco-responsable

Masdar est une ville qui innove et recycle tous ses déchets. Le chantier de la ville a été lancé à partir de matériaux locaux recyclables. La tour à vent de 45 mètres de haut installée sur le campus de l’université est en acier recyclé permettant de climatiser naturellement les espaces publics. La tour capte l’air chaud en hauteur et la rafraîchit grâce à un système de clapets qui font descendre les flux d’air vers le bas permettant ainsi de climatiser les espaces publics. Masdar privilégie son potentiel en énergie solaire pour la gestion de sa ville. Cette ressource abondante permet d’intégrer des énergies propres au sein de la ville. Pour la capter, des panneaux solaires ont été installés sur les toits des édifices. Une centrale solaire de 22 hectares pouvant produire jusqu’à 10 MW d’électricité en plein rendement est construite à proximité de la ville. Une usine de dessalement a été en outre créée pour approvisionner Masdar en eau potable grâce à l’énergie solaire. 

Les habitants, acteurs du développement durable

À Masdar, le citoyen est engagé dans la stratégie d’optimisation de l’énergie locale. C’est une ville conçue pour inciter ses habitants à adopter un comportement qui ne nuit pas à son environnement. La tour à vent dispose d’un système pouvant mesurer l’empreinte environnementale des citadins. Une fois la nuit tombée, la tour s’allume en bleu si leur consommation s’est révélée écologique au cours de la journée. À l’inverse, si elle atteint un niveau élevé, la tour devient rouge. Ainsi, les habitants sont alertés sur leur consommation et peuvent agir en conséquence jour après jour. D’autres moyens de contrôle sont également mis en œuvre, telles les bornes informatiques installées dans les rues qui permettent aux habitants de s’informer sur leur consommation individuelle.

Des transports innovants

À Masdar, il est interdit aux voitures de circuler en ville. Les modes de transport privilégiés sont : la marche à pied, le vélo et les Personnal Rapid Transit (PRT, voir illustrations page 31). Les PRT sont des transports écologiques innovants. Véhicules futuristes autoguidés pouvant contenir entre une et dix personnes, ils se déplacent à la demande et circulent à 40 km/h au sein de la ville. Ils fonctionnent à l’énergie solaire et choisissent automatiquement le trajet le plus court en fonction du trafic.

La culture intégrée dans l’architecture de la ville

Les architectes de Masdar, contrairement à ceux d’Abu Dhabi (qui durent édifier la capitale de l’Émirat à la va-vite selon des plans inspirés des grandes villes américaines) ont suivi un schéma directeur qui tient compte des techniques architecturales traditionnelles de cette région du golfe Persique. Les rues ont été conçues étroites et ombragées sur le modèle des médinas. Des moucharabiehs et des persiennes ont été intégrés à la construction du bâti pour tamiser la lumière. La tour à vent a été réalisée sur le modèle des tours à vent locales installées auparavant dans les cours intérieures pour rafraîchir les maisons du Moyen-Orient. La culture arabe fait ainsi partie intégrante de la planification et du développement de la ville. À cela, s’ajoute l’utilisation de matériaux recyclables provenant de la région.

Illustration : © MasdarCity

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