Les nouvelles d’Afrique ne sont pas toujours réjouissantes. Hormis le côté chaleureux de ses habitants, une météo souvent agréable et une population qui se bat pour surmonter une pauvreté quasi généralisée, les économies sont fragiles, les pouvoirs souvent corrompus et les territoires parfois en conflits. Dans ces conditions d’incertitude économique et politique, comment ces États fragilisés peuvent-ils envisager un développement durable en prenant en compte tant le social, l’économie, que l’écologie ? Réflexions en direct de Kigali, capitale du Rwanda.

L’Afrique et le développement durable : l’exemple du Rwanda

Au Rwanda, on pense déjà à 2020

Même si nous ne pouvons pas tous localiser précisément ce petit pays africain d’une superficie de 26.338 km², nous savons que son histoire est remplie de souffrance et que sa reconstruction prendra encore beaucoup de temps. Nous savons aussi que le pays ne fut pas le seul responsable de son effondrement et que l’histoire et les enjeux internationaux y ont joué, et jouent encore, un rôle majeur dans son équilibre.

Au sortir de la guerre qui a fait des milliers de victimes en 1994, ce pays d’Afrique centrale localisé dans la région des Grands Lacs a misé sur la Vision 2020, l’objectif étant de faire du Rwanda un pays à revenus intermédiaires d’ici l’horizon 2020 et ce grâce à l’amélioration de la bonne gouvernance, de l’efficacité des affaires publiques, du capital humain qualifié, d’un secteur privé dynamique, d’infrastructures physiques de qualité, ainsi que d’une agriculture et d’un élevage modernes, tous tournés vers le marché tant national, régional que mondial.(1)

Entre 1994 et 2003, le pays connaît une période de transition politique. Certes, la marche du pays vers la démocratie est difficile. De nouvelles lois sont mises en place comme celle notamment d’abolir toute distinction entre les deux catégories de population, les Hutu et les Tutsi, dans les domaines civiques ou politiques. La population est rwandaise et parlent une langue commune, le kinyarwanda. Ici, on ne mentionne pas les différences culturelles ou autres. On respecte la règle qui panse les plaies à sa manière.

En 2003, Paul Kagame, l’homme fort de l’opposition ayant sorti le pays du génocide est élu au suffrage universel et devient président du pays des mille collines. Sa politique dirigiste est certes controversée par les uns, ses efforts de développement encouragés par les autres. Au sortir d’une histoire aussi bouleversante, que peut vouloir le peuple si ce n’est un retour au calme, un certain ordre et de la stabilité.

Le développement se veut durable

Nous nous intéressons particulièrement aux efforts faits par le pays en matière d’environnement car à certains égards, le Rwanda offre un terrain fertile à une politique de développement écologique : 92 % de la population y dispose d’une assurance maladie publique, et sa politique forestière vient d’être récompensée par l’ONU pour sa gestion locale, autonome et durable. Aujourd’hui, l’économie de ce pays démontre une croissance de 8 %. Le Rwanda est devenu un des pays les plus sûrs de cette partie de l’Afrique. Les routes sont goudronnées, le paysage est soigné, et le gouvernement a lancé une campagne ambitieuse pour préserver le peu de forêts subsistant sur son territoire. Les femmes sont présentes au coeur du débat politique. Le Rwanda a instauré des quotas minimum de femmes dans les législatures(2). Il est aujourd’hui le seul pays au monde où plus de la moitié (60 %) des parlementaires sont des femmes.

Le Rwanda est aujourd’hui membre des Nations unies, de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est, de l’Organisation internationale de la francophonie et du Commonwealth of Nations.

Le Rwanda, un exemple en matière d’environnement

Dans de nombreux pays, le fléau écologique des temps modernes est sans nul doute le sac en plastique. Au Rwanda en 2004, le gouvernement a simplement décidé d’en bannir l’utilisation. Le Rwanda et l’Afrique du Sud ont d’ailleurs été pionniers en la matière. Ensuite, de nombreux pays ont suivi cette tendance devenue une véritable vague de fond sur le continent : Tanzanie, Gabon, Somalie, Botswana, Algérie, Tchad, Maroc, Cameroun, RD Congo, ainsi que le Mali, la Mauritanie, le Togo, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Niger, et tout récemment le Sénégal.

Mais comment le Rwanda a-t’il fait pour faire accepter cette mesure de tous et principalement des contrebandiers désireux de réintroduire le plastique sur le territoire ? Une loi condamnant à une peine de prison tout excès de zèle en la matière suffirait à faire respecter la règle. Certes, la mesure est radicale et certains la dénoncent au profit d’une campagne de sensibilisation par l’éducation.

Qu’à cela ne tienne, la population a rapidement acquis des gestes et habitudes préservant ainsi leur environnement. Contrairement à certains pays où la mesure connaît un succès relatif, ici, cela semble du plus naturel. Pour en supprimer l’utilisation, il faut bien sûr en interdire l’importation même à usage personnel. Le voyageur se rendant au pays des mille collines sera averti par la voix douce de l’hôtesse l’informant que toute matière plastique non biodégradable sera confisquée à l’aéroport.

Au Rwanda, les villes et villages sont propres, les bords de route aussi. Les déchets sont gérés avec conviction ! La communauté et les entités privées ont été sensibilisées à gérer les déchets : collecte et évacuation. En ville, le tri des déchets est organisé par des coopératives contre paiement de la part de chaque ménage pour le ramassage des déchets. Même si la population trie le périssable, destiné au compost, du non périssable afin de faciliter le travail des ramasseurs, un travail de renforcement du tri à la source doit continuer auprès des populations. La propreté de la ville est entre autres assurée par les travaux communautaires qui ont lieu le dernier samedi du mois. Les Rwandais recyclent à leur manière et la loi des 3R (Reduce-Reuse-Recycle) est bel et bien connue et mise en oeuvre ici aussi.

Le reste des emballages incontournables tels que bouteilles d’eau ou certains conditionnements médicaux (bouteilles de sérum physiologique, les emballages des moustiquaires ou de médicaments) sont transformés chez Soimex Plastic, une usine installée à Kigali. D’autres produits en plastique viennent des agents de sécurité qui les confisquent ici et là. Des jeunes trient aussi les sacs et autres déchets dans la poubelle publique de Nduba à la périphérie de Kigali et les vendent à ces usines. Tous ces emballages permettent de fabriquer d’autres produits durables comme des tentes, des bâches, des sacs à autoclave pour la culture des champignons, des emballages pour le pain.

Au Rwanda, la gestion de l’environnement semble avoir un objectif durable. En cela, le pays est un exemple pour de nombreux autres. Aujourd’hui, jeter les sachets et les déchets en plastique dans la nature semble représenter une honte pour chaque foyer. Même les peaux de banane ne sont pas balancées sur les bas-côtés de la route. Un État africain où les habitants apprécient la propreté ambiante, persuadés que celle-ci peut avoir un impact positif sur l’économie et la vie sociale de leur pays.

Rédigé par Emmanuelle Lecomte

 

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